La course à la nouveauté a tendance à marginaliser les jeux de société plus anciens. Or, il en existe de très bons qui méritent d’être rejoués comme les jeux de plateau présentés sur ce site. Ils ont fait le bonheur de nombreux joueurs et continuent de nous surprendre par leur qualité ou originalité. La nostalgie d’une époque ou le souvenir de ses premiers jeux sont souvent aussi de la partie!
Le vintage proposé ici est celui des années 70, 80, 90 et en partie, 2000. Avant, ce sont les jeux d’antan et au delà les jeux sont qualifiés d’actuels. Une sélection évidemment très partiale avec des jeux qui ont marqué mon parcours de joueur avec une forte présence de wargames et jeux d’embrouilles. D’autres titres emblématiques peuvent être ajoutés un jour comme Agricola, Tigris & Euphrate, Heroquest, Râ ou encore Tikal.
Sont toutefois absents de la sélection les grands classiques trop connus comme un Monopoly ou un Risk, les jeux pour enfants, les jeux « d’antan » (quelques exceptions de jeux traditionnels) et les TCG comme Magic. Quelques jeux d’édition originale un peu « collectors » ou « souvenirs » comme Rome et Carthage édition originale (1954), Snits’revenge (1978) , Warhammer; Bloodbowl, Full metal planète, Suprematie ou encore war of the ring de SPI (1977) ne sont pas généralement inclus dans la liste.









Pour chaque jeu, nous avons rédigé une courte introduction, mais nous proposons des liens vers des tests complets. Ils permettent de découvrir des sites ludiques passionnants et des analyses pointues.
Les jeux actuels (ou les futurs vintage) participent d’un nouveau paysage ludique qui a totalement changé avec une surproduction de titres et de bruit sur les réseaux sociaux qui embrouillent les joueurs. Tout est fait pour surconsommer ou acheter impulsivement. L’empilage de jeux non joués (pile de la honte) en est un symptôme et il devient de plus en plus difficile de choisir les bons jeux pour soi malgré (ou à cause) de l’information pléthorique. De plus, le culte ou attrait de la nouveauté fait oublier rapidement la masse de jeux édités depuis des décennies concentrant sur une courte période la sélection mise en avant. Elle réduit ainsi le temps et les occasions de rejouer à des jeux plus anciens pour augmenter ses compétences et apprécier réellement les jeux déjà connus. Un mauvais réflexe est aussi d’abandonner un nouveau jeu qui semble ne pas vous correspondre après une seule partie d’essai sans aller plus loin dans la recherche de la bonne stratégie gagnante et de la profondeur réelle du jeu. Le joueur « papillon » n’aura pas le temps de réellement connaître et apprécier un jeu.
On note toutefois le succès grandissant des rééditions de jeux anciens et résilients qui les font découvrir à de nouvelles générations et les sortent ainsi de l’oubli.
Les besoins en marketing et les réseaux sociaux ont aussi développé un nouveau vocabulaire et des classifications. Il est intéressant de les connaître.
On ne joue plus simplement, on analyse les mécanismes pour mieux revendiquer ses préférences. Beaucoup de nouveaux jeux semblent alors réservés aux comptables et ingénieurs et perdent de leur aspect ludique ou semblent être une armée de clones! De nombreux jeux sont encombrés de pions, accessoires (une course au matériel pour mieux vendre?) et de règles additionnelles en pagaille et deviennent alors poussifs et ennuyeux. L’attractivité semble aussi être la thémathique issue de films, séries, livres et mangas pour être vendeur au détriment du gameplay. Le merchandising est devenu envahissant…
Une autre tendance, la vague et soif de jeux « solo » dans l’univers du jeu de société, issues probablement des habitudes prises dans les jeux vidéo, influent sur l’édition qui produit de plus en plus des jeux purement solo (ou solo à plusieurs!). On n’est plus alors dans la rencontre et le contact humain et l’appellation « de société » n’a plus sa raison d’exister! Reconnaissons que la difficulté de trouver des joueurs pour des jeux initiés/experts y contribue beaucoup…
Trop tôt pour savoir si les actuels seront encore là dans dix ou 15 ans, les joueurs sont aujourd’hui submergés par leurs classements à chaque festival, prix ou autre foire commerciale où sont absents le plus souvent les très bons jeux d’avant. Comprendre aussi l’histoire des jeux dont sont dérivés les actuels avec cette vidéo.
Une nouvelle démarche à adopter
Jouer Vintage, c’est conserver les bonnes choses du passé et encourager la durabilité des jeux sans négliger l’apport de jeux traditionnels (et rester curieux des jeux d’antan). Opter pour une démarche plus sélective de son activité ludique en prenant du recul sur ce que l’on achète ou joue et se demander ce qui est important et rejouable dans sa ludothèque. L’idée est de privilégier dans ses choix la durabilité et la qualité à la quantité et nouveauté commerciale.
Créer une ludothèque active et au long cours, c’est savoir conserver les plus intéressants (vintage et actuels) pour vous et votre entourage, faire un tri sérieux de vos achats et ne pas hésiter à revendre ou à donner (famille, clubs…) des jeux qui dorment sur les étagères. Un des critères de sélection est de les avoir joués au moins 2 ou 3 fois chacun! Ils ne sont donc pas destinés à dormir sur une étagère!
Une idée de gestion, se fixer un chiffre symbolique comme 100 pour une base sérieuse et suffisante (mais un challenge pour le maintenir) ou 200 (un nombre bien suffisant même pour de vrais geeks). Des limites incluant des jeux vintage et actuels (au-delà du nombre choisi un jeu doit sortir pour faire place à un autre) pour se créer une ludothèque qualitative, personnelle, gérable et jouable. Une démarche à suivre d’esprit joueur plus que de collectionneur avec la recherche d’un véritable usage des jeux et de se constituer une vraie pile de la fierté 👍
Conserver ou acquérir les meilleurs
Les best of all times, les tops et meilleurs jeux pullulent sur le web et sont censés vous guider dans l’achat de votre prochain jeu. En réalité, la plupart des nominés ne sont le plus souvent que les récentes productions que les influenceurs, boutiques ou encore grandes surfaces sont obligés de promouvoir car les jeux « d’avant » (hors quelques titres) ne sont pas vendeurs par essence étant le plus souvent absents des catalogues. De plus, pour satisfaire l’appétit de joueurs, consommateurs formatés à l’éphémère et au toujours plus nouveau, la quasi totalité des sites ludiques se concentrent sur les descriptifs des dernières sorties et créent des ultimate best of all times dont les jeux n’ont, en général, pas plus de dix ans d’existence (les appellations de classement comme « les meilleurs de 2026 » sont, par contre, appropriées). Il est aussi vrai que l’on ne peut ranker que les jeux que l’on connait!
Alors, quels sont les meilleurs jeux (vintage ou non) à conserver?
En dehors des classements destinés au marketing, on trouve de nombreux tops personnels qui reflètent la personnalité du geek qui l’écrit et des avis sur quelques forums dédiés qui survivent (les réseaux sociaux captant en masse les internautes). Recouper une dizaine de ces sélections permet de se faire une première idée (certains sites les compilent) et d’autres comme BGG proposent leur propre base hall of fame alimentée par des joueurs (mais surtout d’Amérique du Nord, un grand biais). Certains commentateurs proposent aussi des avis éclairés et des listes comme celle des cent jeux qui ont fait l’histoire. À suivre!
Les réseaux sociaux sont le plus souvent dans l’immédiat et l’éphémère contrairement aux forums d’antan et semblent être un gigantesque défilé d’annonces de toujours plus nouveau avec influenceurs pas toujours sincères et concours de celui ou celle qui en a le plus ou acquéreur du dernier KS/GF pas encore sorti sur le marché. Une source, certes passionnante, mais pléthorique et consommatrice de temps (les vidéos) comme YouTube ou Switch. Quelques ressources médiatiques sont regroupées sur cette page.
Donc faire preuve de discernement et utiliser des quelques critères de réflexion comme :
- Oublier l’urgence et la nouveauté.Observer les jeux à l’épreuve du temps. Donc rechercher ceux de plus de dix ou quinze ans pour voir ceux qui restent. Les autres sont les meilleurs de l’année ou du moment.
- Les vidéos, les règles en ligne, les parties observées ou jouées en club sont autant d’outils pour vous faire votre opinion. Essayer avant de succomber à la « hype » du moment.
- L’aspect géographique est un biais d’appréciation. Un classement USA made sera différent d’un classement européen ou asiatique. Des thèmes seront perçus plus fortement ici ou là-bas. La guerre de sécession, par exemple, inspira beaucoup plus des État-Uniens.
- L’existence d’un jeu sur votre marché lors de votre jeunesse (aujourd’hui les jeux sont plus présents sur tous les marchés à la fois) peut apporter un bonus d’émotion ou de nostalgie et, bien sûr, influencer les préférences…
- Les classements par « ambiances » (mieux que les agaçants classements « techniques ») permettent de mieux cibler les envies en fonction des typologies complètement différentes de joueurs. Le meilleur jeu pour un soliste ou un wargamer ne sera évidemment pas aussi celui des joueurs en famille!
- Éviter les erreurs de « casting » où un joueur se force à participer à une partie de jeu absolument pas pour lui (la peste du joueur qui n’est pas motivé avec le choléra du tricheur et le covid du « mauvais perdant » sont un brelan perdant).
- L’épreuve du temps fait ressortir ceux qui durent, donc censé être bons, mais peut aussi être que le miroir des circuits de distribution où les meilleurs jeux (les plus vendus en fait) sont ceux qui bénéficient de larges campagnes publicitaires, d’achats massifs pour des promos en grandes surfaces ou issus de sites web aux ventes impactées par quelques gros influenceurs. Ajoutons la peur du risque (pas le jeu…) qui cantonne les rayons dans les valeurs sûres. Les chiffres de vente correspondent-ils à la qualité des jeux ou sont-ils alors juste du mainstreaming au goût moyen et consensuel?. Un jeu confidentiel peut-être excellent mais disparaître dans les abysses des mal markétés. Ceux très connus sont-ils donc vraiment les meilleurs ou les mieux « vendables »?
- Notons qu’un jeu « conjoncturel » peut être bon l’espace d’une soirée et être mis de coté rapidement. Un jetable.
- La famille (choix consensuel), l’âge, le temps à consacrer, les passions personnelles (un amateur de Tolkien penchera facilement vers les jeux dédiés), le nombre de joueurs (10, solo…) modifient le classement des meilleurs jeux pour vous. Bref, c’est à vous de faire le tri et de faire votre top perso!
- Les prix et récompenses (pion d’or, Spiel des Jahres,…) aux super pouvoirs de recommandation ont eux aussi leurs biais et critiques, un sujet marronnier que l’on trouvera facilement sur le web (articles, podcasts…) comme Pourquoi je n’aime pas les prix, extrait d’un podcast de Ludovox.
- Résister à la frénésie de l’achat!
L’épreuve du temps, exemples
Les jeux d’antan (traditionnels ou non). Ils sont là depuis des lustres, mais certains s’incrustent plus que d’autres à toutes les décennies.
| Go | Échecs | Dames |
| Backgammon | Mahjong | Jeux de cartes |
| Dames chinoises | Dominos | Nain jaune |
Certains jeux ont disparu de la mémoire des hommes mais subsistent dans des collections ou des ouvrages.



Quelques ressources pour les retrouver
- le musée suisse du jeu cherche à préserver cet héritage culturel
- jeuxanciensdecollection.com, un site de qualité
- le musée allemand du jeu présente sur internet une collection de jeux de 1880 à 1980 (en allemand)
- Ce site web (allemand) des collectionneurs de jeux a de nombreux liens et listes de jeux anciens. Une page parmi d’autres… On notera l’importance de la protection du patrimoine ludique dans les pays germaniques (comparer avec la France…)
- cette liste BGG (anglo-saxonne) des « cent jeux qui ont fait l’histoire » inclus nombre de références connus et moins connus de jeux vintage mélangés aux titres actuels
- les listes de jeux d’éditeurs comme celle de Waddingtons
- ancientgames.org le site d’un archéologue sur les jeux de l’antiquité (en anglais)
- créer un musée des jeux de plateau, mode d’emploi (en anglais)
- Le conservatoire des jeux en France collectionne des jeux et les propose aussi en animation
- On trouve des boites de jeux qui en rassemblent (exemple : 18 jeux du temps passé)
- Les jeux traditionnels s’affichent sur le net, mais aussi trouvables dans des livres comme le Larousse ou Bordas des jeux, 100 jeux de table de Pierre Berloquin (en occasion)…






Les grands classiques contemporains. Une première vague à partir des années 40 (Ascot 1935, Stratego 1947, Rome et Carthage 1951).




Les années 70 et 80 installent des classiques qui perdurent comme les mystères de péking ou Scotland Yard. Le plus souvent toujours les mêmes en raison des circuits étriqués de distribution, du marketing de la télévision et de la main mise de quelques gros éditeurs qui ont limité à l’époque la diffusion et la création d’autres titres. Ce sont aussi les heures de gloire du wargame.
| Monopoly | Cluedo | Scrabble |
| Risk | Pictionnary | Quarto |
| Batailles navales | Boggle | Taboo |
| puissance 4 | Rummikub | Jenga |
| Uno | Stratego | Dominos |
| Abalone | 1000 bornes | Le yam’s |
| Labyrinthe | Trivial Pursuit | Jarnac |
| Stratego | Hôtel | Mastermind |
| Scotland yard | Reversi | Diplomacy |
| Acquire | Intrigues à Venise | Les mystères de Péking |
| Rome & Carthage | Peaux rouge contre longs couteaux | Ascot |


Les nouveaux classiques et les débuts de la création moderne. Ils ont surgis dans les années 70 pour les wargames et jeux de rôle, 80 (créativité à la française) et 90 (la nouvelle vague allemande), puis le début des années 2000 et certains deviennent incontournables encore de nos jours. Intelligence, originalité et qualité de fabrication étaient souvent au menu. Les boutiques spécialisées (dont les quatre pionnières des années 70 à Paris, l’impensé radical, l’oeuf cube, jeux & thèmes et jeux Descartes) ont été les principaux supports, voire l’unique, de leur diffusion et découverte à son début.
| Elixir | Azul | Dixit |
| 7 wonders | Pandemic | Warhammer |
| Small world | Carcassonne | Bloodbowl |
| Les aventuriers du rail | Le 6 qui prend | Heroquest |
| Formule Dé | Citadelle | Service compris |
| Munchkin | Gang of Four | Schotten totten |
| Memo 44 | Ricochet robots | Cosmic encounter |
| Cry havoc/siège | Full metal planète | Supergang |
| Zargos | Aristo | Dominion |
| Colons de catan | Carcassonne | Mai 68 |
Les nouveaux classiques et les débuts de la création moderne. Ils ont surgis dans les années 70 pour les wargames et jeux de rôle, 80 (créativité à la française) et 90 (la nouvelle vague allemande), puis le début des années 2000 et certains deviennent incontournables encore de nos jours. Intelligence, originalité et qualité de fabrication étaient souvent au menu. Les boutiques spécialisées (dont les quatre pionnières des années 70 à Paris, l’impensé radical, l’oeuf cube, jeux & thèmes et jeux Descartes) ont été les principaux supports, voire l’unique, de leur diffusion et découverte à son début.






Et puis tout s’emballe après 2010 et l’explosion du nombre des boutiques, de la production, des ventes, de l’influence des prix et labels, de la présence sur les réseaux sociaux et médias, des pledges, des bars à jeux, des lieux ludiques, des festivals et soirées jeux. Le covid est aussi passé par là…